Lorsque je retournai vers mes amis, Elyanne se rua sur moi, avide de détails. Ne sachant pas quoi lui dire, je racontai seulement qu'il m'avait donné rendez-vous pour discuter. Prétextant la fatigue, je quittai mes compagnons.
La tête en ébullition, je me douchai rapidement et me mis au lit. Un énorme dilemme se profilait devant moi. Allais-je aller au rendez-vous? Si oui, qu'allais-je lui dire? Voulais-je vraiment savoir qui il était? Si je ne m'y rendais pas, allait-il me laisser tranquille? Je sombrai dans le sommeil, épuisé par mes questionnements intérieur et par ma courte nuit.
Le matin arriva et ma nuit, bien que sans rêves, ne m'apporta aucunes réponses. De plus, j'étais nerveuse. Mon petit-déjeuner se résuma à un verre de jus de fruits, j'avais l'estomac trop noué pour avaler autre chose. Pourquoi me rendait-il si agitée? Je fis du ménage et de la lessive pour essayer de me calmer, en vain.
L'heure du rendez-vous approchait à une vitesse effarante et je n'avais toujours pas pris de décision. Je me préparai et me dirigeai vers le Café l'Allongé. Les trente minutes de marche ne m'apporta solutions. Je passai et repassai plusieurs fois devant la façade du café, sans pour autant entrer. En poussant un soupir, j'entrai dans le petit resto.
Il n'y avait pas beaucoup de clients à cette heure. Je pris une table éloignée et je me commandai un bol de chocolat chaud. En attendant l'arrivée de mon breuvage, je dénichai le journal sur un présentoir. De retour à ma table, ma boisson chaude m'attendait. J'en humai le contenu avant d'un ajouter deux sucre. Alors que je feuilletai le journal en dégustant mon chocolat, je sentis un regard sur ma nuque. Je me retournai vivement et le vis appuyé contre le mur, me regardant. Lorsqu'il rencontra mon regard, il se dirigea vers moi.
Il s'assit face à moi et j'attendis qu'il parle le premier. J'étais toujours incertaine, je ne savais pas si j'avais fait le bon choix. Il me fixait de ses yeux bleus allumés d'une lueur amusée. On aurait dit qu'il s'avait que l'indécision me rongeait encore.
-Alors, tu as décidé de venir! Tu es intrigué par moi, dit-il d'une voix douce.
Je ne relevai pas. Pourquoi étais-je ici, avec lui, parfait inconnu?
-Aller, Mary-Elisabeth, dis quelque chose!
-Tu veux que je te dise quelque chose! Tu es drôle! Moi, je n'ai rien à te dire, c'est toi plutôt qui me doit des explications, tu ne crois pas? Lui répondis-je en contrôlant ma voix. J'étais vraiment en colère.
Il éclata de rire, comme si j'avais dit une plaisanterie. Frustrée de m'avoir fait piégé par ce type, je sortis un peu de monnaie pour payer mon chocolat et je commençai à me préparer pour partir. Il n'esquissa aucun geste pour m'arrêter, ce dont je fus reconnaissante.
Je me levai et quittai le restaurant, le laissant en plan. Toutefois, je vis du coin de l'½il qu'il c'était levé lui aussi, me suivant. Je rageai intérieurement et avançai plus vite vers chez moi. Je réussi à l'ignorer durant quinze bonnes minutes.
-Que me veux-tu à la fin? Lui demandais-je, irrité.
-Je te l'ai déjà dis, mais tu ne m'écoute pas. Enfin, tu ne veux pas m'écouter.
-C'est la meilleure! Tu ne m'écoutes pas toi non plus à ce que je vois! Je t'ai clairement dis que je ne voulais pas de ton aide. Je me débrouille très bien seule.
-N'essaye pas de me faire avaler ça! Sans moi, tu te serais fracassé la tête dans ta douche!
-Au revoir, lui dis-je en guise de réponse, puisque j'étais arrivé devant mon immeuble.
Je montai les escaliers vers mon appartement, heureuse qu'il ne m'ai pas suivi. Comment un être que je ne connaissais pas pouvait être aussi agaçant et vouloir m'aider? Il ne savait rien de moi, de ma vie, de mon passé.
Le dimanche après-midi, il n'y a rien de fabuleux à la télévision, alors je décidai de m'octroyer une petite sieste. Je mis un pyjama -en fait, il s'agit d'une camisole et de culotte de coton dépareillé- et je me faufilai sous les dras.
Je ne tardai pas à sombrer dans le sommeil. Mon rêve se borna à être ennuyeux et irritant. Je rêvais à mon "rendez-vous" avec... Je ne savais toujours pas son nom! Aucune importance, je ne voulais pas le revoir. Soudain quelque chose changea dans mon songe. Lui et moi étions toujours assis face à face, mais le lieu avait changé. Les murs couleur bois du café furent transformés en de simples murs blancs. Blanc pur. L'air sentait bon, la nature, les arbres. L'atmosphère de la nouvelle pièce était calme et serin. Lorsque je voulu me retourner vers mon irritant inconnu, des coups sourds frappé à la porte me tirèrent du sommeil.
-Une minute j'arrive! Criais-je d'une voix pâteuse de sommeil.
J'enfilai rapidement un peignoir rose par dessus mon pyjama et me dirigeai vers l'entrée. Au passage, je notai qu'il était dix-huit heures. M'attendant à trouver Elyanne, curieuse amie, sur le seuil, j'ouvris sans prendre la peine de regarder par le judas.
-Bonsoir, me dit une voix douce.
Je le regardai, interloquée. Je n'avais pas eu assez de la discussion stérile de l'après-midi, de le voir dans mon rêve, maintenant, il se tenait devant moi.
-Je t'ai apporté le diner, reprit-il, voyant que je me contentais de le fixé sans répondre. Je peux entrer?
-Même si je t'en empêchais, tu trouverais une moyen pour y parvenir, soupirais-je en m'écartant à contre-c½ur.
Il entra et se dirigea d'un pas assuré vers la cuisine pour y déposer les plats. Bon qu'allais-je faire de lui? Le foutre dehors? Essayer -encore- d'avoir une conversation avec lui? Je me dirigeai vers la salle de bain pour me passer une serviette fraiche sur le visage, dans l'espoir d'avoir une idée géniale, en vain. Lorsque je me retournai, je le vis adossé contre le chambranle de la porte.
-Allez, viens, tout est sur la table, me dit-il.
En moins de cinq minutes, il avait dressé la table avec une magnifique nappe en dentelle blanche, des couverts tout aussi immaculés. Le menu était brochette de poulet sur lit de riz brun aux légumes. Deux coupes de vin rouge ainsi que des fleurs et des bougies agrémentaient le tout.
-C'est quoi ce cirque? Dis-je incrédule.
-Le diner, me répondit-il. Avec quelques décorations.
Je ne trouvai aucunes réplique cinglantes à lui lancer au visage, alors je pris place à la table. Les fleurs -des roses rouges, blanches et roses- embaumaient l'air et le diner avait l'air délicieux. De plus, j'avais vraiment faim maintenant, avec toutes ces bonnes odeurs. Je pris quelques bouchées avant de me décider à parler.
-Pourquoi? Pourquoi ce diner? Pourquoi cette attention? Demandais-je doucement.
-C'est simple, pour t'aider. Je me doutais que tu aurais faim, alors j'ai cuisiné et je l'ai apporté. Pour ta dernière question, sache que je sais ce que tu vis.
Je lui lançai un regard perplexe.
-Ce que je vis? Qu'est-ce que tu insinue par la?
-Juste le fait que tu sois malade.
-Ma santé est parfaite! Mentis-je.
-À d'autres! Tes violents maux de tête ne sont pas normaux! Tu le sais très bien, comme moi et tes médecins.
-Les médecins ne savent pas ce que j'ai! Ils ont détecté une anomalie dans mon sang, sans pouvoir l'expliquer et la biopsie de la masse de la base de mon crâne, malgré tous les tests, ils ne savent pas ce que c'est!
-Je sais tout ça! Ils...
-Et de toute façon, comment tu le sais? Lui dis-je en lui coupant la parole. Tu es un voyeur qui a trouvé mon dossier médical et qui l'a lu? Tu es un infirmier? Qui es-tu?
-Je m'appel William, je ne suis ni un voyeur ni un infirmier.
-Wow, tu es bavard sur toi! Ironisais-je. Merci pour le diner, c'était très bon, maintenant pourrais-tu quitter mon appartement.
En fait, depuis mon réveille, j'avais la migraine. Tout ce que je voulais, c'était être seule et prendre un antidouleur. De plus, les discutions que j'avais avec William étaient... comment dire, voilées. Il ne me disait jamais vraiment qui il était et comment il en savait autant sur moi. Il n'esquissa aucun geste pour partir, au contraire, il resta assis nonchalamment. Nous nous défiâmes du regard jusqu'à ce que la sonnette retentisse de nouveau. J'ouvris la porte et mes copains apparurent.
-Et puis, comment c'est passé ton rendez-vous avec ce garçon beau à croquer, me demanda Ely, sans prendre la peine de me saluer.
Elle s'avança dans l'appart, les garçons sur ses talons, lorsqu'elle s'arrêta sur le seuil de la cuisine. Elle le dévisagea-lui parfaitement habillé- puis elle se tourna vers moi -en pyjama, les cheveux défaits- et je vis dans son regard les conclusions hâtives et erronées que son esprit mettait en branle. Elle me jeta un coup d'½il qu'elle voulait complice, puis ce dirigea vers la porte en m'adressant un grand sourire. Les garçons la suivirent sans rien dire, mais leurs sourires parlaient à leur place.
C'est en me prenant la tête entre les mains que je me dirigeai vers la pharmacie pour prendre un cachet.
-Et tu vas me dire que c'est médicaments -sous ordonnance- ne te serve à rien! me dit William.
-De simple antidouleur. S'il te plait, arrête avec ma santé! Va-t-en, oublie-moi, c'est tout ce que je te demande! Je ne veux même pas savoir ou tu en as appris autant sur moi.
-Je ne peux pas t'oublier! Mais je vais te laisser pour ce soir, tu travail demain. Si jamais tu as besoin de quelque chose, tu n'as qu'à prononcer mon prénom.
Il quitta l'appartement discrètement. Je me dirigeai vers ma chambre, il était tôt, mais j'avais besoin de sommeil -et les effets du médicament n'allaient pas tarder. Une fois couché, je me remémorai la journée. Le rendez-vous stérile avec William, son arrivée avec le diner délicieux, Ely et ses conclusions et pour terminer, sa dernière phrase qui me laissait pantoise.
Que voulait-elle dire? Une phrase comme on aurait pu lire dans un roman fantastique! Mais nous étions dans la réalité, dans un monde sans magie ni aventures palpitantes. Un monde certes parfois ennuyeux, mais qui valait la peine de le vivre pleinement.